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La Grande Borne (commande de la CDC)


Stéphanie Lacombe

La Grande Borne. La Grande Borne à Grigny, à vingt minutes au sud de Paris, cité HLM de 3700 logements, quinze mille habitants, s'étend sur 90 hectares. L'architecte Émile Aillaux conçoit le site en triangle, aujourd'hui pris entre l'autoroute du soleil, une nationale et la prison de Fleury-Mérogis. Toute la structure de la G.B est basée sur le rêve et l'enfance (aménagement des rues en labyrinthe, batiments en serpentin, mosaïque de dessins, couleurs à profusion, sculptures géantes, sols en dos d'âne) ce qui en fait une cité que l'on peut difficilement apprendre par cœur parce qu'elle recèle des surprises et dissimule des secrets qui en donneront, le moment venu, des lectures multiples et contradictoires. D'autre part, sont occultés du triangle les transports en commun, les voies de passage en automobile, les parkings et surtout les activités commerciales. Les habitants sont contraints de rester chez eux puisqu'il n'existe pas d'activités au sein de la Grande Borne : ce n'est pas une cité autonome réunissant les fonctions essentielles de l'habitat, du travail et des échanges. Comment aménage-t-on son espace intérieur quand celui-ci devient l'enfermement dans l'enfermement ? Ici commence mon projet photographique. J'ai choisi de travailler au cœur du triangle dans le quartier des Enclos (dit des tiroirs (!)) ou la structure des appartements est strictement la même pour tous. Ma démarche est d'être la plus objective possible photographiant les habitants avec un cadrage identique et frontal, conservant pour chacun, une égale distance. La Grande Borne, ce n'est pas l'enfer, ce n'est pas le rêve non plus : c'est comme beaucoup d'autres cités un grand ensemble de moyenne importance dont le développement dépend des services publics. J'y ai trouvé l'humilité. Les gens ne sont pas encombrés d'une fausse culture, plaquée et arrogante dont la liberté d'accès aux rêves reste intacte parce que leur vie est une suite d'actes graves et concrets. Stéphanie Lacombe Ce projet a été réalisé en 2001 avec le soutien de la Caisse des Dépôts et Consignations en partenariat avec l'Ensad.



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